Jeudi 5 février 2009

Euro / Club Med


L’écart entre les rendements des bons des Trésors français et allemands à 10 ans est devenu significatif (de la dégradation de la situation économique en France par rapport à l’Allemagne) à partir de la fin du mois de juin 2007 (point rouge) et il a augmenté par la suite pour culminer récemment à 20,8 % mais il vient de redescendre brusquement à 12,7 % hier mercredi 4 février,

Graphique 1 :

 

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Cet écart s’est accentué après l’effondrement financier du 15 septembre (point noir), les variations étant très fortes d’un jour à l’autre,

Graphique 2 :

 

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Il en est de même dans les autres pays du Club Med, comme l’Italie,

Graphique 3 :

 

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Les marchés ont mis en évidence depuis juin 2007 la surévaluation de la monnaie qui circule dans les pays du Club Med : les entreprises ne sont plus compétitives.


Elles ont de plus en plus de difficultés à vendre et elles sont donc obligées de réduire leur production, leur activité, à fermer temporairement, pour des périodes de plus en plus fréquentes et prolongées, voire définitivement.


Les économies de la zone euro divergent alors qu’elles convergeaient avant l’adoption de la monnaie unique : les Italiens et les Espagnols ont bénéficié d’une augmentation très importante de leur niveau de vie dans les années 70, 80 et au début des années 90.


Le déficit commercial de la France s’accentue depuis 10 ans.


Pour restaurer la croissance dans les pays de la zone euro et la convergence avec l’Allemagne, il suffirait de revenir à la situation antérieure en sortant de l’euro-système, ce qui obligerait chacun des pays du Club Med à mettre en œuvre les réformes qui s’y imposent.


Malheureusement, les gouvernements et la BCE refusent d’adopter cette solution et ils préfèrent effacer les manifestations de ces écarts en intervenant sur les effets et non pas sur les causes : les dirigeants de la BCE ont manifestement donné l’ordre aux banques centrales des pays du Club Med de réduire l’écart entre les rendements de leurs bons du Trésor avec ceux de l’Allemagne en rachetant leurs propres bons.


Ainsi, la Banque de France rachète des bons du Trésor français et elle incite les autres établissements financiers français (banques, assureurs) à faire de même.


De ce fait, les prix montent, les rendements baissent, la situation donne l’apparence de revenir à la normale, vers une fiction de marché unique des bons des Trésors de la zone euro.


Ce qui vient de se passer montre que les gens de la BCE n’ont pas vu venir les problèmes.


Ils n’ont réagi qu’à partir du moment où les manifestations sont devenues violentes en Grèce, après la publication d’informations sur l’écart grandissant entre les rendements des bons des Trésors et après la dégradation des notes de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal.


Les malheureux Euro-zonards vont donc continuer à subir les inconvénients d’une monnaie surévaluée (et de banques dans une situation catastrophique).


C’est du suicide collectif disait Silvio Berlusconi.

***

par CHEVALLIER
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Commentaires

Merci pour votre article.
J'ai une petite question pour vous, qui a rapport avec ma situation. Je suis en Pologne.

Le pays est a peu pres bien gere, c'est a dire que la dette est moderee, le budget 2009 a ete revu a la baisse pour prendre en compte la baisse de recettes prevues en 2009, et le gvt au lieu de faire un plan de relance comme en France, continue a couper les depenses. Le mois de janvier a vu un solde positif, c'est a dire que les recettes fiscales ont ete plus importantes que prevues dans le budget. La croissance 2009 est prevue entre 2% et 4% selon les analystes. Les banques ont eu tres peu d'actifs toxiques, le coeur de leur activite etant les services bancaires classiques aux particuliers.

Voila. Donc tout devrait aller bien. Malheureusement, les moutons de panurge retirent en masse leurs investissements dans tous les pays du monde qui ne sont ni en dollar ni en euro. Resultat, la monnaie a perdu 30%, la bourse est revenue a son niveau de 2003...alors qu'au contraire la Pologne serait logiquement un bon endroit ou investir quand on connait les problemes de l'Euro.

D'apres vous, est-ce que cette panique pourrait finir par mettre le pays en difficulte? Est-ce que les moutons de panurge vont flinguer les pays vertueux et proteger les pays mal geres?
Commentaire n° 1 posté par gnarf le 05/02/2009 à 11h51

D'après ce que vous écrivez, tout est parfait pour que la croissance reparte en Pologne !
... mais il y a peut-être des problèmes cachés... je ne suis pas compétent en tout !

Réponse de CHEVALLIER le 05/02/2009 à 12h16
Bonjour,

Je reviens sur la situation de nos banques,

Pensez vous que notre gouvernement et que les gouvernements précédents étaient informés de la dérive
de nos banques à savoir le non respect des ratios endettement / fonds propres (ca, sté générale, bnp etc ....). n'y a t-il pas du reste des membres ou des fonctionnaires de l'Etat qui sont nommés au conseil d'administration de certaines banques.

Si votre réponse est OUI alors cela voudrait dire que l'Etat a cautionné et qu'il est de connivence avec les décisions de gestion de nos principaux pdg à la tête de nos banques.

l'Etat a fermé les yeux, au pire a laissé faire, ou à mis des pilotes incompétents à la tête et à la surveillance de nos banques.

Ce qui signifie que l'Etat ne peut rien dénoncer car il y a surement le jeu du JE TE TIENS TU ME TIENS PAR LA BARBICHETTE.

Bien cordialement,

Jérome
Commentaire n° 2 posté par jérome le 05/02/2009 à 12h30
Difficile de faire le tri entre les différents types d'incompétences et d'arnaques
La France et l'Europe ressemblent de + en + à l'URSS : hors de toute logique
Réponse de CHEVALLIER le 05/02/2009 à 22h24
Le professeur TREMEAU qui édite des articles sur "les 4 vérités" vient de dire que : "Il semble heureusement possible de conserver l’euro tout en réalisant pour la France une dévaluation compétitive"



C'est la première fois que M TREMEAU parle d'une solution de ce type . Dans tous les papiers précédents (les votres et les siens), il a été clairement dit que PAS POSSIBLE DE DEVALUER DANS L'EURO (c'est à dire dévaluer la parité de 6,55957 fixée au début, il y a 10 ans déjà).

Quelle est votre compréhension sur cette "dévaluation compétive" ????
Commentaire n° 3 posté par doucet le 05/02/2009 à 12h51

Pour moi,il n'y a pas de problème : toute dévaluation est impossible dans l'€ système
Donc, on y est ou on en sort
Impossible de faire autrement

Réponse de CHEVALLIER le 05/02/2009 à 22h20
"Ainsi, la Banque de France rachète des bons du Trésor français et elle incite les autres établissements financiers français (banques, assureurs) à faire de même."

Comme vous le dites, le fait de racheter les bons du trésors francais ne permet pas de résoudre le poblème mais uniquement de le cacher et d'entretenir la fiction de l'euro. On touche à un domaine où mes connaissances sont assez limitées, pourriez-vous m'éclairer: avec quelles réserves d'argent la banque de France achète-t-elle les bons du trésors francais. Est-ce qu'elle peut continuer à faire ca longtemps? Quel est l'intérêt pour les autres établissements financier francais de faire de même? Merci
Commentaire n° 4 posté par jll le 05/02/2009 à 12h52
La BdF a des ressources qui ne sont pas infinies
Les banques ont obtenu ce qu'elles voulaient : l'abandon de l'enregistrement à la juste valeur du marché,
comme un ascenseur descend aussi, elles viennent en aide à l'Etat quand on leur demande de faire un geste : elles vont refourguer les bons du Trésor dans les Sicav et auprès de leurs clients
Réponse de CHEVALLIER le 05/02/2009 à 22h19
la réduction brutale du spread sur oblig n'est pas anodine. Elle incite en effet à la prudence avant d'avancer des explications. Je pense pour ma part qu'il s'agit d'une réplication de ce que BB a annoncé il y a quelques jours. La fed rachète en ce moment les treasuries sur le marché secondaire afin d'éviter un krach obligataire d'une part, et afin de maintenir un taux de refinancement faible pour l'état d'autre part.
Je pense que la BCE, au vu des critiques récentes et du buzz sur l'éclatement de la zone euro a du mettre un plan d'action à l'identique, avec comme bémol que la BCE n'est pas la FEd et n'agit pas pour le compte d'un pays souverain, mais de plusieurs pays souverains avec des objectifs différents. D'où effectivement le recours aux banques d'état des pays du club med (les allemands ne doivent en revanche pas intervenir dans les mêmes proportions)
Commentaire n° 5 posté par Yann le 05/02/2009 à 16h08
"D'après ce que vous écrivez, tout est parfait pour que la croissance reparte en Pologne !
... mais il y a peut-être des problèmes cachés... je ne suis pas compétent en tout ! "

Ce que je veux dire, c'est que la Pologne, ainsi que d'autres pays, montre a quel point les phenomenes de groupe comme la panique actuelle menent le monde.

Ceux qui retirent leurs investissements de Pologne ont tort, mais comme ils sont immensement nombreux, ils vont finir par avoir raison.

Et quand vous dites que la croissance est de retour aux USA comme le montrent ceux qui ont raison et sont avises....les elephants....il leur faudra quand-meme attendre que le troupeau les suive. Le troupeau est bete, il a tort, mais il est tellement nombreux qu'il peut realiser ce qu'il croit.

Actuellement le troupeau croit que la zone Euro c'est sur et que tout ce qui est en dehors, meme bien gere, c'est mal. Ils ont tort...mais en ayant tort ils renforcent la zone euro et affaiblissent le reste... :)
Commentaire n° 6 posté par gnarf le 05/02/2009 à 17h52
avec ignoramus TRICHET l'europe de l'est a du soucis a se faire...

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La BCE ne devrait pas négliger l'Europe de l'Est
Date: 03/02/2009

Matthew Curtin,

THE WALL STREET JOURNAL

(Wall Street Journal)--Alors qu'elles rivalisent de plans de relance pour soutenir leurs économies - et creuser leurs déficits -, les principales économies de la zone euro pourraient bien asphyxier leurs voisines d'Europe de l'Est moins développées.

L'Europe de l'Est - les Pays baltes, la Hongrie et l'Ukraine au premier chef - dépendent depuis des années des capitaux étrangers pour financer leurs déficits courants. Or ces déficits prennent des allures exponentielles: le déficit total des comptes courants de la région est estimé à 152 milliards d'euros pour 2009, contre 40 milliards seulement en 2008, alors même que les flux de capitaux étrangers commencent à se tarir.

Il faut dire que les investisseurs ont désormais l'embarras du choix en termes de dettes souveraines européennes. Selon les calculs de Fitch, les besoins bruts de financement de l'Europe de l'Ouest devraient augmenter de 45% cette année, à près de 2.000 milliards d'euros. Les gouvernements européens ont en outre garanti près de 1.500 milliards d'euros de dette bancaire sur les trois prochaines années, ce qui devrait également attirer des investisseurs en dette souveraine.

En retour, la Banque centrale européenne devrait accorder un soutien plus important aux pays d'Europe de l'Est. Non seulement sont-ils appelés à entrer un jour dans la zone euro, mais leur santé est décisive pour l'ensemble de la région. Un effondrement des économies voisines risquerait d'accentuer l'instabilité de la zone euro.

Jusqu'à présent, les gouvernements d'Europe de l'Est continuent à financer leurs déficits - bien qu'avec des écarts de rendement plus importants et des maturités plus courtes. L'écart de rendement entre les titres de la dette polonaise à 10 ans et le Bund allemand est par exemple plus important que l'écart entre les titres grecs équivalents et le Bund, alors que le risque de crédit de la Pologne est bien meilleur.

Mais la Hongrie et la Lettonie ont dû recourir aux prêts d'urgence du Fonds monétaire international.

La BCE pourrait contribuer à remédier au problème en acceptant comme garanties des titres de dette en devises - même avec une plus grosse marge de sécurité pour compenser le risque de change. Une telle mesure encouragerait les banques européennes à acheter des obligations souveraines d'Europe de l'Est et montrerait que l'Union européenne ne compte pas laisser ses voisins à la porte, qu'ils soient nouveaux venus ou candidats à l'entrée dans l'Union.
Commentaire n° 7 posté par lupus le 06/02/2009 à 08h54

Encore merci pour vos interventions toujours très judicieuses !


Réponse de CHEVALLIER le 06/02/2009 à 09h02
Merci pour cet article. Tres significatif qu'il faille aller de l'autre cote de la planete pour trouver des infos claires concernant ce qui se passe ou doit se passer en Europe. Alors que les pays d'Europe orientale sont aussi ceux qui font tourner les usines Francaises...surtout en ce moment. Ils sont massivement importateurs.

L'Europe est toujours coupee en deux, le rideau de fer est toujours la. Mais il est dans les tetes.
A partir du moment ou les financiers et economistes d'Europe de l'ouest sont d'une ignorance crasse et considerent l'Europe orientale comme un ensemble uniforme, ils ne peuvent pas faire de bonnes analyses.

Donc on en revient a l'impression que j'avais. Vertueux ou pas, le resultat est le meme: les pays d'Europe orientale qui pourraient etre le siege d'une veritable croissance profitable a toute l'Europe, saine qui plus est, vont etre asphyxies a cause de la panique irrationnelle. Les investisseurs preferent la dette des pays qui ont meilleure reputation meme s'ils sont tres mal geres comme la Grece.

Au final, le comportement de la monnaie polonaise (EURPLN) est peut-etre un bon indicateur pour detecter la fin du mouvement de panique.
Commentaire n° 8 posté par gnarf le 06/02/2009 à 10h27
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