Jeudi 5 février 2009

Libéralisme et CDS


Pour comprendre les problèmes posés par les CDS, il est indispensable de lire les articles remarquablement bien sélectionnés par Lupus en commentaires sur mes billets, cliquer ici pour lire le commentaire n° 5 et cliquer ici pour le commentaire n°1.


Les gens de la Fed étaient depuis 2005 dans la même situation qu’à la fin des années 90 : ils avaient bien identifié les problèmes qui se posaient et qui allaient conduire à une crise (c’est à dire à un retournement des marchés, à un effondrement des indices d’actions et à une baisse du PIB) si les bonnes solutions n’étaient pas prises, mais ils ne pouvaient pas les imposer car ils savaient très bien que les groupes de pression (lobbies) du secteur financier étaient assez puissants pour s’y opposer.


Dans les deux cas, les gens de la Fed ont attendu que la crise ait lieu pour imposer leurs solutions car ils étaient alors en position de force, les marchés étant battus.


Ainsi, ils ont pu conserver leur réputation et leur pouvoir (la Fed doit toujours gagner contre les marchés).

En 2002, Alan Greenspan a pu imposer l’enregistrement des écarts d’acquisition en totalité lors de leur constatation (et non pas leur amortissement sur 20 ans, ce qui permettait à des entreprises d’acquérir des dot com à des prix surévalués sans enregistrer les pertes réelles immédiatement) et les stock options en tant que charges, avec davantage de rigueur dans tous les enregistrements comptables.


En 2009, Timothy Geithner va pouvoir imposer de réguler les CDS, c’est à dire de les faire réglementer et surveiller par la Fed (cf. les articles rapportés par Lupus).

***


Cette aventure des CDS est très instructive : les CDS sont des produits financiers développés par les marchés en toute liberté, spontanément, sans l’intervention ni le contrôle d’une autorité publique.


Elle montre (une fois de plus) le rôle indispensable de l’État dans un système capitaliste libéral : il doit fixer les règles du jeu de façon à ce qu’il profite à l’ensemble de la nation et non pas à quelques joueurs privilégiés sinon le système dégénère.


Henry Paulson et le bombardier furtif B-2 ont imposé leur volonté aux banquiers et au secteur financier (alors qu’en Europe, ce sont les banquiers qui imposent leur volonté aux autorités).


Ils ont été très violents : ils ont flingué Bear Stearns, Lehman Brothers, AIG (plus de $1 000 milliards d’actifs), Merrill Lynch, Washington Mutual et d’autres encore.

Les survivants comme Citigroup, JPMorgan et d’autres doivent leur survie au Trésor et à la Fed.


Le système capitaliste libéral n’est pas un humanisme ni un monde de liberté totale comme le croient les libertariens et autres utopistes.


C’est un monde dur, de sauvages, un combat de tous les instants des marchés, des autorités, des États.


Il doit être correctement régulé.


Le problème est de trouver les bonnes règles et de les faire respecter pour que le jeu soit gagnant pour tout le monde.


Les Américains sont toujours les plus performants pour les trouver et les appliquer, à leur avantage et pour leur plus grande satisfaction.

***

par CHEVALLIER
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Jeudi 5 février 2009

Deutsche Bank


D’après les normes (ou règles) de bonne gestion propres aux banques, le total des dettes ne doit pas dépasser 12,5 fois le montant des capitaux propres (c’est en fait l’inverse du ratio Tier d’origine de 8 %).


Ce multiplicateur d’endettement de banque que je désigne par la lettre µ (leverage en anglais) est largement au-dessus de ces normes pour Deutsche Bank dont la situation se dégrade d’année en année…


Tableau 1 (chiffres en milliards d’euros sauf pour µ) :

Deutsche Bank

 

 

2003

 

 

2004

 

 

2005

 

 

2006

 

 

2007

 

 

Total dettes

 

 

775

 

 

814

 

 

962

 

 

1 552

 

 

1 983

 

 

Capitaux propres

 

 

28,2

 

 

25,9

 

 

29,9

 

 

32,8

 

 

37,0

 

 

µ

 

 

27,5

 

 

31,4

 

 

32,1

 

 

47,4

 

 

53,5

 

 


… et même au fil des trimestres,


Tableau 2 (chiffres en milliards d’euros sauf pour µ) :

Deutsche Bank

 

 

2007Q3

 

 

2007Q4

 

 

2008Q1

 

 

2008Q2

 

 

2008Q3

 

 

Total dettes

 

 

1 842

 

 

1 887

 

 

2 271

 

 

1 959

 

 

2 026

 

 

Capitaux propres

 

 

36,8

 

 

37,0

 

 

34,0

 

 

31,9

 

 

34,8

 

 

µ

 

 

50,1

 

 

50,9

 

 

66,8

 

 

61,4

 

 

58,2

 

 


Il aurait fallu injecter €200 milliards environ en capitaux propres, et non pas en prêts ! pour que le µ de Deutsche Bank commence à entrer dans les nouvelles normes d’après Alan Greenspan et la Fed (µ < 10) !


Deutsche Bank publie à ce jour des informations partielles sur ses comptes de 2008, mais d’après ces chiffres, la situation s’est encore dégradée au 31 décembre 2008 puisque le total des dettes est de €2 171 milliards pour des capitaux propres qui se montent à €30,7 milliards, soit un µ de 70,7 !


Le total des dettes de Deutsche Bank représente donc 70 fois le montant de ses capitaux propres !


La situation des banques de l’Allemagne, dont le PIB est de l’ordre de €2 400 milliards, est hors normes, mais celle des pays du Club Med est pire encore !


Cliquer ici pour voir les chiffres du communiqué financier du 4° trimestre 2008.

 

***

par CHEVALLIER
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Jeudi 5 février 2009

Euro / Club Med


L’écart entre les rendements des bons des Trésors français et allemands à 10 ans est devenu significatif (de la dégradation de la situation économique en France par rapport à l’Allemagne) à partir de la fin du mois de juin 2007 (point rouge) et il a augmenté par la suite pour culminer récemment à 20,8 % mais il vient de redescendre brusquement à 12,7 % hier mercredi 4 février,

Graphique 1 :

 

Cliquer ici pour agrandir le graphique.


Cet écart s’est accentué après l’effondrement financier du 15 septembre (point noir), les variations étant très fortes d’un jour à l’autre,

Graphique 2 :

 

Cliquer ici pour agrandir le graphique.


Il en est de même dans les autres pays du Club Med, comme l’Italie,

Graphique 3 :

 

Cliquer ici pour agrandir le graphique.


Les marchés ont mis en évidence depuis juin 2007 la surévaluation de la monnaie qui circule dans les pays du Club Med : les entreprises ne sont plus compétitives.


Elles ont de plus en plus de difficultés à vendre et elles sont donc obligées de réduire leur production, leur activité, à fermer temporairement, pour des périodes de plus en plus fréquentes et prolongées, voire définitivement.


Les économies de la zone euro divergent alors qu’elles convergeaient avant l’adoption de la monnaie unique : les Italiens et les Espagnols ont bénéficié d’une augmentation très importante de leur niveau de vie dans les années 70, 80 et au début des années 90.


Le déficit commercial de la France s’accentue depuis 10 ans.


Pour restaurer la croissance dans les pays de la zone euro et la convergence avec l’Allemagne, il suffirait de revenir à la situation antérieure en sortant de l’euro-système, ce qui obligerait chacun des pays du Club Med à mettre en œuvre les réformes qui s’y imposent.


Malheureusement, les gouvernements et la BCE refusent d’adopter cette solution et ils préfèrent effacer les manifestations de ces écarts en intervenant sur les effets et non pas sur les causes : les dirigeants de la BCE ont manifestement donné l’ordre aux banques centrales des pays du Club Med de réduire l’écart entre les rendements de leurs bons du Trésor avec ceux de l’Allemagne en rachetant leurs propres bons.


Ainsi, la Banque de France rachète des bons du Trésor français et elle incite les autres établissements financiers français (banques, assureurs) à faire de même.


De ce fait, les prix montent, les rendements baissent, la situation donne l’apparence de revenir à la normale, vers une fiction de marché unique des bons des Trésors de la zone euro.


Ce qui vient de se passer montre que les gens de la BCE n’ont pas vu venir les problèmes.


Ils n’ont réagi qu’à partir du moment où les manifestations sont devenues violentes en Grèce, après la publication d’informations sur l’écart grandissant entre les rendements des bons des Trésors et après la dégradation des notes de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal.


Les malheureux Euro-zonards vont donc continuer à subir les inconvénients d’une monnaie surévaluée (et de banques dans une situation catastrophique).


C’est du suicide collectif disait Silvio Berlusconi.

***

par CHEVALLIER
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