Petits Suisses, grands perdants
Depuis 2004, le total des dettes d’UBS est 40 à 50 fois plus élevé que le montant de ses capitaux propres (c’est le
multiplicateur µ d’endettement bancaire, leverage en anglais),
Tableau 1 :
|
UBS
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2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
2007
|
|
Total dettes
|
1 346
|
1 698
|
2 008
|
2 291
|
2 230
|
|
Capitaux propres
|
35,4
|
39,4
|
51,9
|
55,8
|
42,5
|
|
µ
|
38,0
|
43,1
|
38,7
|
41,1
|
52,5
|
À la fin du 1° trimestre 2008, le total des dettes d’UBS était même 97 fois plus important que le montant de ses capitaux propres, ce qui est
peut-être un record mondial !
Tableau 2 :
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UBS
|
2007Q3
|
2007Q4
|
2008Q1
|
2008Q2
|
2008Q3
|
|
Total dettes
|
2 430
|
2 231
|
2 208
|
2 026
|
1 942
|
|
Capitaux propres
|
54,4
|
43,8
|
22,7
|
54,0
|
54,9
|
|
µ
|
44,7
|
50,9
|
97,3
|
37,5
|
35,4
|
La situation de Crédit Suisse était moins alarmante, mais largement au-dessus des normes (un µ inférieur à 12,5 correspondant à un ratio Tier
supérieur à 8 % des accords de… Bâle !),
Tableau 3 :
|
Crédit Suisse
|
2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
2007
|
|
Total dettes
|
970
|
1 053
|
1 297
|
1 212
|
1 317
|
|
Capitaux propres
|
34,0
|
36,3
|
42,1
|
43,6
|
43,2
|
|
µ
|
28,5
|
29,0
|
30,8
|
27,8
|
30,5
|
À la fin du 3° trimestre 2008, derniers chiffres publiés à ce jour, le µ était encore à un niveau excessif de 35,
Tableau 4 :
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Crédit Suisse
|
2007Q3
|
2007Q4
|
2008Q1
|
2008Q2
|
2008Q3
|
|
Total dettes
|
1 334
|
1 317
|
1 170
|
1 193
|
1 355
|
|
Capitaux propres
|
42,0
|
43,2
|
37,6
|
36,8
|
39,0
|
|
µ
|
31,8
|
30,5
|
31,1
|
32,4
|
34,7
|
Pour rétablir un µ actuellement normal de 9, il faudrait que l’État, c’est à dire les contribuables (car aucun investisseur privé ne serait
assez fou pour investir autant d’argent dans ces banques), injecte 160 milliards de francs dans le capital d’UBS et 110 milliards dans celui de Crédit
Suisse.
Pour une population de 7,6 millions d’habitants, l’ardoise serait de 35 500 francs pour chacun des petits Suisses ! ça fait cher
(en France, elle serait de 5 000 € par habitant).
Pour éviter une telle débâcle, une règle d’or s’impose : le total des dettes d’une banque ne doit pas dépasser le dixième du PIB.
Avec un PIB de l’ordre de 500 milliards de francs, aucune banque ne devrait avoir plus de 50 milliards de dettes au
total, ce qui est le cas a priori pour les banques privées qui sont parmi les plus performantes du monde dans leur ensemble et c’est pour cela que les gérants de capitaux
du monde entier savent que l’Helvétie est leur meilleur refuge, ce qui irrite au plus haut point les Américains (des États-Unis) qui ont laissé les Européens tomber dans ce piège diabolique et
fatal.
Les Suisses se sont fait… berner par les autorités qui sont chargées de surveiller le bon fonctionnement de la Confédération : le gouvernement (le Conseil
Fédéral en langue locale), la banque centrale (la Banque Nationale Suisse, pourtant la meilleure du monde pour ce qui concerne la gestion de la masse monétaire), les
autorités boursières (les gnomes de Zurich n’ont rien fait de positif), la justice.
Lorsque Ludovic Monnerat était encore de ce monde de la blogosphère, j’étais intervenu pour dire qu’il ne servait à rien de
préparer une guerre du XIX° siècle qui ne se produira jamais (une invasion de Français, Italiens, Autrichiens ou Allemands), mais qu’il fallait
plutôt que la Suisse s’arme pour lutter contre les guerres du XXI° siècle qui sont d’abord et avant tout économiques et financières.
Aujourd’hui, la défaite est déjà cinglante, et ce sera pire à l’avenir.
J’avoue ne pas comprendre comment de telles erreurs historiques ont pu se produire.
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