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Les actionnaires contre l’intérêt général
La comptabilité doit donner une image fidèle de la situation réelle des entreprises, mais des problèmes nouveaux apparaissent et les comptables ne les interprètent pas correctement si
bien que les comptes ne donnent plus cette image fidèle de la réalité, ce qui a parfois des conséquences importantes au point de provoquer un effondrement financier, ce qui s’est produit en 2001
et depuis quelques mois…
D’abord, des dysfonctionnement se sont produits sur les marchés des produits dérivés, ce qui a provoqué la crise dite des sub-prime puis celle dite des CDS.
Ensuite, les injections de l’État dans les grandes banques ont été enregistrées à tort dans les capitaux propres alors qu’elles auraient dû l’être
dans les dettes car il s’agit d’argent qui appartient indubitablement à l’État, apporté temporairement (par les contribuables) pour éviter la faillite de ces banques et le risque
systémique.
Les capitaux propres sont par définition des capitaux qui appartiennent… en propre à l’entreprise.
Ils sont constitués des parts du capital (divisé en actions ordinaires) apporté par les actionnaires qui partagent les bénéfices et les risques, et des bénéfices
antérieurs accumulés.
En dehors de ces actions ordinaires, tous les autres titres sont d’une façon ou d’une autre des dettes, les actifs ne pouvant être financés que par des
capitaux propres ou des dettes (le mot passif n’existe pas en anglais).
En comptabilisant les injections de l’État dans les capitaux propres, le ratio d’endettement µ des grandes banques américaines apparaissait (à tort) normal, c’est à dire inférieur à
12,5…
Tableau 1 :
|
$ billion
|
JPMorgan
|
Citigroup
|
Bank of America
|
Wells Fargo
|
|
Liabilities
|
2 008
|
1 794
|
1 641
|
1 211
|
|
Equity
|
166,9
|
150,8
|
177,1
|
99,1
|
|
µ
|
12,03
|
11,9
|
9,27
|
12,22
|
… alors qu’en réalité, en comptabilisant les actions de préférence dans les dettes et en les retranchant des capitaux propres, il
était plus élevé,
Tableau 2 :
|
$ billion
|
JPMorgan
|
Citigroup
|
Bank of America
|
Wells Fargo
|
|
Liabilities
|
2 040
|
1 865
|
1 679
|
1 242
|
|
Equity
|
134,9
|
80,1
|
139,4
|
67,7
|
|
Preferred stock
|
31,9
|
70,7
|
37,7
|
31,3
|
|
µ
|
15,12
|
23,3
|
12,05
|
18,33
|
L’annonce de la conversion des actions de préférence en actions ordinaires de Citigroup le vendredi 27 février au matin a provoqué
la baisse de 40 % du cours à l’ouverture de la séance.
Les actionnaires ont perdu de l’argent mais les Américains ont gagné : les comptes de Citigroup sont maintenant dans les normes (tableau
1), ce qui permettra à l’économie américaine de repartir sur de bons fondamentaux quand le Trésor aura fait de même dans les autres banques qui ont reçu des injections de l’État.
Avec un µ de 23, Citigroup dépassait largement la limite maximale de la norme de 12,5 (l’inverse du ratio Tier d’origine de 8 %).
Après conversion des actions de préférence en actions ordinaires, les cours de PNC, US Bancorp et Bank of America respectant les normes ne devraient pas baisser, ceux de JPMorgan Chase
et de Goldman Sachs devraient baisser un peu et davantage pour ceux de Wells Fargo et Morgan Stanley,
Tableau 3 :
|
$ billion
|
Goldman
|
Morgan Stanley
|
US Bancorp
|
PNC
|
|
Liabilities
|
837
|
589
|
232
|
266
|
|
Equity
|
47,9
|
31,7
|
18,4
|
25,4
|
|
Preferred stock
|
16,5
|
19,2
|
7,9
|
0
|
|
µ
|
17,47
|
18,59
|
12,61
|
10,45
|
Après la conversion des actions de préférence en actions ordinaires, toutes les grandes banques américaines auront des ratios d’endettement dans les normes…
Tableau 4 :
|
$ billion
|
Goldman
|
Morgan Stanley
|
US Bancorp
|
PNC
|
|
Liabilities
|
820
|
608
|
237
|
266
|
|
Equity
|
64,4
|
50,8
|
26,3
|
25,4
|
|
µ
|
12,74
|
11,96
|
9,00
|
10,45
|
… ce qui permettra à la croissance du PIB de repartir sur des bases saines aux États-Unis du moins, après avoir résolu les problèmes
comptables qui ont été à l’origine de ce gigantesque effondrement financier.
Pour cela, les autorités américaines ont dû livrer une guerre sans merci contre les groupes de pression du secteur financier qui sont très puissants, en provoquant la chute des
grandes banques (en 2001, Alan Greenspan a dû attendre l’éclatement de la bulle Internet pour être en position de force pour pouvoir imposer à ces groupes de pression les mesures nécessaires).
Les dirigeants de ces grandes banques sont les premiers responsables de tous ces désordres.
Le nouveau gouvernement d’Obama a donc logiquement décidé de virer tous les membres du conseil d’administration de Citigroup (sauf le grand
patron pour assurer la continuité des opérations et des négociations).
En France, notre Bécassine ne veut pas convertir les injections de l’État en actions ordinaires pour éviter un effondrement des cours des
banques qui dépassent toutes largement les normes d’un µ qui devrait être inférieur à 12,5 (pour la Banque Populaire, le µ est celui du 30 juin 2008),
Tableau 5 :
|
milliards €
|
BNP
|
Soc Gen
|
Caisse d'épar
|
Banq Pop
|
Natixis
|
|
Total dettes
|
2 017
|
1 089
|
633,2
|
204,8
|
545,9
|
|
Capitaux pr
|
59,0
|
40,9
|
16,6
|
8,7
|
9,9
|
|
µ
|
34,2
|
26,6
|
38,2
|
23,5
|
55,1
|
Même après la conversion des injections de l’État en actions ordinaires, les banques françaises manqueraient de capitaux propres pour respecter les exigences minimales du ratio Tier
d’origine qui seules permettent de rétablir la confiance dans le secteur bancaire, donc le fonctionnement normal des marchés de capitaux.
Ainsi, pour ne pas faire perdre davantage d’argent aux actionnaires, 64 millions de Français subissent la récession, les prêts étant bloqués, tout est bloqué
partout.
C’est inadmissible.
Les Français sont totalement incapables de faire de telles analyses et de comprendre ces problèmes économiques et financiers simples car ceux de gauche sombrent dans leurs délires
anticapitalistes antilibéraux primaires dans le style Besancenot, Ségolène (qui voudrait que les banques soient remboursées en chevreaux !) ou des vieux éléphants socialistes en route pour
leur cimetière qui ne voient que la relance keynésienne des années 30, les autres n’ayant visiblement aucune intelligence économique, y compris les comptables qui ne sont même pas experts
en leur matière.
Une autre mesure s’impose (à l’instar des Américains) : virer les membres des conseils d’administrations des banques qui sont les premiers responsables
de cette crise.
Cliquer ici pour voir la mine réjouie des pieds nickelés de la BNP, les
branquignols de la Générale n’osant pas montrer la leur, les péquenots du Crédit Agricole n’ayant pas fini d’arroser le salon de l’agriculture.
Ailleurs en Europe, la situation n’est pas meilleure : en Allemagne, en Suisse, au Royaume-Uni, en Belgique (où le cours de Fortis est tombé de €35 à €0,50),
Tableau 6 :
|
milliards
|
Deutsche Bk
|
UBS
|
Crédit Suisse
|
Fortis
|
Barclays
|
|
Total dettes
|
2 171
|
1 973,4
|
1 138
|
944
|
2 005,6
|
|
Capitaux pr
|
30,7
|
42,1
|
32,3
|
30,4
|
47,4
|
|
µ
|
70,7
|
46,9
|
35,2
|
31,1
|
42,3
|
Vive Obama ! qui n’y est pour rien car tout le travail a été fait par les gens de la
Fed, avec le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke qui est intervenu lundi et Timothy Geithner vendredi.
***