Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 15:41

 

Olivier Fluke et le PIB

 

Les investigations financières d’Olivier Fluke sont diaboliquement pertinentes et utiles…

Il vient d’analyser dans un certain nombre d’articles les méthodes utilisées par les experts de l’Insee pour calculer le PIB. La plus grande anomalie que j’ai relevée dans leurs méthodes concerne les loyers dits imputés aux propriétaires de logements qui se montent à 159 milliards d’euros en 2010.

En effet, ces experts de l’Insee attribuent aux propriétaires de leurs logements l’équivalent d’un loyer qui est estimé à la louche, c’est à dire sans aucune rigueur, sous prétexte qu’ils occupent gratuitement le logement dont ils sont propriétaires, ce qui n’est absolument pas logique comme je l’ai déjà relevé dans mon article consacré au PIB français du 4° trimestre 2010.

En suivant la logique des experts de l’Insee, pourquoi n’appliquent-ils pas le même raisonnement aux millions de propriétaires de voitures qui ont l’outrecuidance de l’utiliser gratuitement : ils devraient comptabiliser son utilisation journalière au prix d’une location !

Il en est de même pour les machines à laver le linge : chaque lavage fait chez soi devrait être comptabilisé au tarif des laveries automatiques, etc.

Olivier Fluke a confirmé que cette méthode est utilisée ailleurs qu’en France, en particulier aux Etats-Unis, ce qui a contribué à gonfler artificiellement le PIB dans la mesure où cette méthode ne tient pas compte de la chute des prix des logements qui a été très importante en 2008-2009.

Olivier Fluke a posé là un problème important qu’il faut résoudre correctement…

Par définition, le PIB enregistre la somme des valeurs ajoutées pendant une certaine période aux prix du marché pour donner une image fidèle de la réalité.

Les propriétaires de leur logement ne créent aucune valeur marchande en l’occupant. Ces loyers imputés ne se justifient donc pas. C’est clair.

Par contre, la valeur marchande de ces logements peut évoluer au cours du temps. Les entreprises doivent comptabiliser les biens immobiliers à leur juste valeur aux prix du marché à la fin de leurs exercices, ce qui donne lieu à l’enregistrement de produits exceptionnels (en cas d’augmentation de leur valeur) ou de charges exceptionnelles (en cas de baisse de leur valeur).

Il devrait en être de même pour les particuliers (alors que les plus ou moins values sur leur logement ne sont comptabilisées que lors de leur cession). En adoptant cette méthode, le PIB des Etats-Unis ferait apparaitre une chute en 2008-2009 encore plus importante que celle qui a été publiée.

Par ailleurs, les propriétaires de leur logement créent effectivement une valeur marchande en l’occupant à partir du moment où ils remboursent chaque mois l’emprunt qu’ils ont contracté pour l’acquérir.

C’est uniquement en pareilles circonstances que les experts de l’Insee devraient enregistrer, non pas des loyers dits imputés mais tout simplement le montant du remboursement de leur emprunt (intérêts et capital), ce qui est souvent l’équivalent d’un loyer.

Les propriétaires ayant entièrement payé leur logement et l’occupant ne créent alors plus aucune valeur tant que le prix de leur logement est en concordance avec le marché (sans plus-values ni moins values potentielles).

Telle est à mon avis la solution logique à ce problème important posé par Olivier Fluke.

Dans l’état actuel des méthodes appliquées pour déterminer les PIB, les chiffres publiés ne donnent pas une image fidèle de la réalité. Le PIB est surestimé, surtout aux Etats-Unis, ce qui fausse significativement toutes les analyses.

Je tiens à préciser que sans les investigations d’Olivier Fluke (et quelques emails échangés) je n’aurais jamais pu en arriver à ces conclusions sur ce sujet, et je l’en remercie vivement, cliquer ici pour accéder à son blog.

***

Enfin, il est amusant de relever qu’en adoptant cette méthode d’évaluation du PIB, les experts de l’Insee comptabilisent en loyers dits imputés les multipropriétaires de résidences secondaires pour chacune d’entre elles, ce qui gonfle magistralement le PIB ! Ségolène Royal est une vache à lait pour le PIB !

***

 

Par CHEVALLIER
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Commentaires

La comptabilité française, et notamment le calcul du PIB, est vraiment exotique :

1. On ne prend pas en compte la vraie valeur du capital (biens immobiliers par exemple),

2. Par contre on prend en compte des flux d’argent fictifs (loyers « économisés » par les propriétaires de logement).

Le calcul du PIB est pipoté, le calcul de l’inflation est pipoté, tout est vraiment pipoté…
Commentaire n°1 posté par Nam il y a 5 jours à 15h53
Je ne savais point que Ségolène avait une tripotée de résidences secondaires (mais je sais que parfois, elle oublie sa tête a l'insue de son plein gré dans l'une d'elles). Bref. Le paiement aux banques d'un intérêt accompagnant le remboursement du capital n'est t'il pas déjà comptabilisé dans le PIB? il ne faudrait pas tout compter en double....
Oliviern'a pas fini de retraiter les stats...depuis quand le PIB est il compté comme cela? n'y a t'il que la France et les US qui procedent comme cela? Si tout le monde le fait, le problème est résolu....Y a t'il des règles internationales a respecter (dans les pays "civilisés" j'entend) pour le traitement de ces chiffres?
Commentaire n°2 posté par dupontel il y a 5 jours à 16h18

L'Insee comptabilise les loyers imputés dans le PIB depuis "toujours" mais peut être pas à sa juste valeur !

"Tout le monde" utilise les mêmes méthodes, mais ça ne signifie pas qu'elles sont justes !

Ce sont toujours des règles, en particulier comptables, qui ne permettent pas de donner "une image fidèle de la réalité", qui créent des problèmes qui peuvent dégénérer en crises, et tout l'art de ce bon vieux Greenspan a été de remettre de l'ordre dans ces règles pour que tout fonctionne de nouveau correctement !

Complément : il n'y a pas de double comptabilisation dans mon analyse : les dépenses des ménages ont pour contrepartie des produits, dont bancaires, comptabilité en partie double exige, y compris pour le PIB (comptabilité nationale !)... je suis désolé d'avoir raison 

Réponse de CHEVALLIER il y a 4 jours à 10h27
bonjour,

je suis étonné de votre étonnement ! ce même type de méthode est également utilisé pour les calculs des divers indices des prix, aux USA c'est le "Owners' equivalent rent"
Commentaire n°3 posté par bidar il y a 5 jours à 18h25

On peut utiliser ces loyers imputés, pour calculer des indices par exemple comme vous le rapportez, mais pas pour calculer le PIB !

Réponse de CHEVALLIER il y a 4 jours à 10h21
Est-ce vraiment un problème à partir du moment où la même norme est utilisée par tout le monde, et à partir du moment où on regarde les variations du PIB, et non sa valeur abolue ?

Dans le cas des logements, une baisse des prix entraîne en principe également une baisse des loyers, ce qui doit donc contribuer à la baisse du PIB avec cette méthode de calcul...
Commentaire n°4 posté par bruno il y a 5 jours à 19h27

Oui : "tout le monde" fait la même erreur, ce qui est relativement rassurant ! 

Par contre, il y a une incidence importante, surtout aux US, même sur les variations d'une année sur l'autre.

D'après les informations dont je dispose, il n'y aurait pas eu de baisse des prix des loyers, là est le gros problème qui crée des écarts importants par rapport à la réalité la baisse du PIB a été et est supérieure à ce qui a été publié.

Réponse de CHEVALLIER il y a 4 jours à 10h19
bonsoir.cela remet il en cause votre optimisme sur les us ? quelles autres conséquences en tirez vous ? (monnaie,bourse,...)merci
Commentaire n°5 posté par ratel il y a 5 jours à 21h48

Non, c'est une "mauvaise nouvelle", un correctif doit être apporté, et c'est le même problème ailleurs.

De ce fait, les ratios d'endettement public sont beaucoup trop élevés ! 

Réponse de CHEVALLIER il y a 4 jours à 10h15
Les entreprises ne comptabilisent pas les produits non réalisés. Cela fait partie des principes de prudence comptable . Les biens immobiliers sont toujours comptabilisés a leur valeur d'entrée. En cas de dépréciation, une provision est constituée, en cas d'appréciation, c'est le statu quo. C'est seulement a la vente qu'on pourra parler de plus value.
Commentaire n°6 posté par Isque il y a 5 jours à 21h58

Non : en IFRS, les biens immobiliers dont la société est propriétaire sont comptabilisés à leur juste valeur de marché contrairement à ce qui se faisait auparavant

Réponse de CHEVALLIER il y a 4 jours à 10h12
Isque: ce n'est pas vrai aux USA pour les entreprises. On en revient à la même conclusion: en quelque sorte les comptes des entreprises US sont les plus transparents qui soient.
Commentaire n°7 posté par Nam il y a 4 jours à 10h13
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