Core Tier 1 / µ (leverage)
D’après des dépêches Reuters de ce jour, le Comité de Bâle, qui est un machin de la Banque des Règlements Internationaux (BRI),
n’obligerait pas les autorités bancaires nationales à faire respecter les ratios d’endettement par les banques de leur
ressort tels qu’ils ont été définis à l’origine (le Tier 1) à la fin des années 80 sous la pression des Américains, et en particulier de ce bon vieux Greenspan.
A cette époque là, avant la chute du mur de Berlin, les Américains voulaient renforcer leurs alliés européens contre les dangers que représentaient les communistes russes.
Tout a changé par la suite : les Américains ont maintenant (depuis au moins une décennie) intérêt à affaiblir les pays européens qui sont devenus des
concurrents gênants.
La meilleure solution est de… les laisser faire.
En effet, les idiots incultes y étant largement majoritaires, tous les pays européens (sauf les petits Suisses toujours aussi perspicaces) tombent dans les mêmes pièges fatals : l’hypertrophie de la masse monétaire, le surendettement public et des grandes banques.
Ce bon vieux Greenspan était pourtant clair : le ratio d’endettement (leverage en anglais, que je représente pour simplifier par la lettre µ), ne doit pas
dépasser 12,5 ce qui signifie que le total des dettes d’une banque ne doit pas dépasser 12,5 fois le montant de ses capitaux propres.
Son inverse est mieux connu sous la formulation suivante : les capitaux propres d’une banque doivent représenter au moins 8 % du total des dettes, étant entendu que l’actif ne peut être
financé que par de véritables capitaux propres (les apports des actionnaires, plus les bénéfices accumulés), et par des dettes.
C’est le principe fondamental, depuis que les banques existent (5 000 ans), pour que l’on puisse avoir confiance dans les banques qui jouent un rôle fondamental dans la croissance, donc dans
la richesse des nations et de leurs habitants.
Pervers, les Américains laissent faire la Vieille Europe (et le Japon) mais ils font respecter leur loi aux Etats-Unis : le µ des
fameuses grandes banques revient dans les normes voulues par la Fed,
Tableau 1 (les chiffres sont en milliards de dollars, sauf pour les ratios) :
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2009Q3
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Bank of America
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JPMorgan
|
Citigroup
|
Goldman Sachs
|
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actions de préférence
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58,8
|
8,2
|
0,3
|
7,0
|
|
total des dettes
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2 193,4
|
1 886,9
|
1 888,6
|
823,8
|
|
capitaux propres
|
197,2
|
154,1
|
140,8
|
58,4
|
|
µ réel
|
11,1
|
12,2
|
13,4
|
14,1
|
|
Tier 1 d'origine
|
9,0
|
8,2
|
7,5
|
7,1
|
Selon exactement la même méthode de calcul, les grandes banques françaises et européennes ont toutes des ratios d’endettement
abominables,
Tableau 2 (les chiffres sont en milliards d'euros, sauf pour les ratios) :
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2008T4
|
BNP
|
Crédit Agri
|
CdE-BP-Nat
|
Soc Gen
|
|
Total dettes
|
2 017
|
1 606
|
1 383,8
|
1 089
|
|
Capitaux propres
|
59,0
|
47,3
|
35,2
|
40,9
|
|
µ
|
34,2
|
34,0
|
39,3
|
26,6
|
|
Tier 1 d’origine
|
2,9
|
2,9
|
2,5
|
3,8
|
Tableau 3 (les chiffres sont en milliards de monnaie locale, sauf pour les ratios) :
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2008T4
|
Deutsche Bank
|
UBS
|
Crédit Suisse
|
Barclays
|
|
Total dettes
|
2 171
|
1 973,4
|
1 138
|
2 005,6
|
|
Capitaux propres
|
30,7
|
42,1
|
32,3
|
47,4
|
|
µ
|
70,7
|
46,9
|
35,2
|
42,3
|
|
Tier 1
|
1,4
|
2,1
|
2,8
|
2,4
|
Tous les idiots utiles (pour les Américains) se réjouissent de la décision qu’ils qualifient de sage du Comité de Bâle qui imposerait ce qui est appelé
maintenant le ratio Core Tier 1 qui devrait être de l’ordre de 4 % (contre 8 % à l’origine), ce qui correspond à un µ de 25 !
Effectivement, selon cette règle, les banques européennes peuvent respecter à terme ce ratio Core Tier 1.
Les dirigeants des grandes banques qui auraient dû, selon les règles Tier 1 d’origine reconstituer au plus vite leurs capitaux propres poussent un soupir de soulagement et leurs cours ont grimpé
après la publication de ces informations : ce sont les grandes banques japonaises et européennes, Deutsche Bank, etc.
Une certitude : un tsunami bancaire se produira en Europe. L’incertitude, c’est la date.
Ces informations confirment toutes mes analyses précédentes…
***
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/29deabc4-e9c2-11de-9267-0bfa72a4965b/La_perversion_du_vrai_libéralisme_et_la_crise
C'est encore une intervention de libertarien qui n'a jamais compris quoi que ce soit à ces problèmes là et qui rabâche depuis presque 40 ans les mêmes inepties sur l'étalon or, etc. etc.
C'est ce que l'on peut appeler une Belle fuite en avant, ou plutôt après nous le Deluge.
Je vous invite de regarder ci - dessous cette petite vidéo qui est un petit bijoux et qui explique très bien et avec humour la situation dans laquelle nous baignons tous.
FERNANDEL " dans le film François 1er "
http://www.dailymotion.com/video/x4w5c1_francois1er_fun
Je profite de ce courriel pour vous souhaitez de bonnes fêtes de fin d'année.
Bien cordialement,
Jérome.
Toujours aussi agréable de lire vos remarques pertinentes sur l'économie et les banques. Une question m'est venue à l'esprit après la lecture de votre dernier billet: peut-on appliquer un tel ratio, ou bien existe-t-il un ratio simple et comparable, aux entreprises en général afin de donner une idée de la fragilité de ces dernières?
Au plaisir de vous lire, cordialement.
Pour les entreprises, il existe d'autres ratios dont la combinaison permet d'arriver aux mêmes résultats : une évaluation juste.
... Je les utilise dans le cadre de mes analyses financières qui font l'objet d'offres payantes...
Bravo et merci pour votre blog
Non : les µ sont bons, les ardoises ont été comptabilisées aux US, l'argent est sain...
Ce qui est certain, c'est que les Etats-Unis, malgre leur mu, sont endettes, que nous croulons la-bas sous les impots necessaires pour sauver les entreprises, financer les guerres; et qu'efectivement, le taxpayer que je suis donne de l'argent a l'etat, qui le distribue gentiment aux entreprises, car je consomme moins: ainsi, plus besoin du consommateur!
Ici, 10% de taux de chomage (double en 1 an); bien sur, les financiers eux sont tranquilles; ce n'est pas eux qui vont se plaindre de l'etat de crise, qui permet de prendre en urgence des decisions de leur copains politiques, histoire de sauver leur pactoled e fin d'annee.
Manque plus que le grand pretre, qui raconte partout que tout cela est pour notre bien (sauver nos ames est devenu sauver notre liberte). Le plus drole, c'est que ca marche! Le mois drole, c'est que vous y croyez -- alors que vous devriez raisonnablemeint etre cynique
Aux US, c'est en quelque sorte l'inverse du village Potemkine.
Entre une croissance achetée à crédit alors que le surendettement était déjà trés fort et le jeu de dupe des banques, qui pourrait devenir trés dangereux, je ne comprends pas comment à l'horizon LT, les marchés actions pourraient monter sainement (traduisant une croissance saine). Et pourtant vous semblez soutenir que nous sommes lancés dans une hausse des actions à LT. N'y a t'il pas un paradoxe pour vous à ce niveau là?
L'argent est sain, les fondamentaux excellents, les bénéfices sont revenus, donc la hausse des actions aussi !
Effectivement, peu de gens ont écrit l'an dernier au même jour, que l'année 2009 seait excellente !!!