Le multiplicateur µ de banque
Depuis toujours, l’argent est inégalement réparti : certaines personnes ont de l’argent (mais pas de projets d’investissement), d’autres (des entrepreneurs) ont des projets mais pas
d’argent.
À l’origine, il y a 5 000 ans environ, ces personnes entraient personnellement et physiquement en contact entre elles, ce qui a alors permis à l’économie de décoller.
Ensuite, des personnes fortunées ont regroupé leurs capitaux pour investir davantage, ainsi sont nées les premières banques qui ont eu la bonne idée d’emprunter de l’argent à d’autres personnes afin d’en prêter davantage pour augmenter leurs bénéfices, ce qui a permis à l’économie de se développer davantage encore.
Des règles prudentielles ont été adoptées : les capitaux propres de ces banques doivent toujours représenter un certain pourcentage minimum de leurs
actifs.
Cette limite a baissé au fil du temps : elle était encore de 40 % aux États-Unis dans les années 1870 (d’après Alan Greenspan) mais le ratio Tier 1 est
descendu maintenant à 8 %.
Cependant, cette règle n’est plus strictement respectée actuellement car les banques n’évaluent pas à la juste valeur du marché
certains de leurs produits financiers et elles font des opérations à découvert (non comptabilisées), ce qui est à l’origine de l’effondrement
qui se produit actuellement (car les marchés sont ainsi déséquilibrés).
Une autre règle prudentielle (une norme) s’impose : les dettes totales (liabilities) des banques ne doivent pas dépasser un certain multiple µ des
capitaux propres (equity).
Pour les grandes banques américaines, le multiple µ idéal est de fait aux alentours de 10, inférieur à 20, ce qui est a priori la limite maximale à ne pas
dépasser.
Tableau 1
|
$ billion
|
Equity
|
Liabilities
|
µ
|
|
Bank of New York Mellon Corp.
|
27,5
|
240
|
8,7
|
|
Bank of America Corp.
|
161,0
|
1 670
|
10,4
|
|
Wells Fargo & Co.
|
47,0
|
575
|
12,2
|
|
JPMorgan Chase & Co.
|
145,0
|
2 105
|
14,5
|
|
Citigroup Inc.
|
126,1
|
1 924
|
15,3
|
|
Lehman Brothers Holdings Inc.
|
30,0
|
613
|
20,4
|
|
State Street Corp.
|
13,0
|
272
|
20,9
|
|
Goldman Sachs Group Inc.
|
45,6
|
1 036
|
22,7
|
|
Morgan Stanley
|
35,8
|
952
|
26,6
|
Ces chiffres sont ceux du 30 septembre 2008 (sauf pour Lehman Brothers Holdings Inc. qui sont au jour de son dépôt de bilan le 15 septembre), données Reuters.
Les banques européennes dépassent largement cette règle prudentielle indispensable…
Tableau 2
|
€ billion
|
Equity
|
Liabilities
|
µ
|
|
Société Générale
|
40,2
|
1 035
|
25,7
|
|
Fortis
|
30,4
|
943
|
31,0
|
|
BNP
|
56,1
|
1 761
|
31,4
|
|
UBS (CHF)
|
52,3
|
2 025
|
38,7
|
|
ING
|
30,0
|
1 340
|
44,7
|
|
Deutsche Bank
|
33,7
|
1 957,0
|
58,1
|
Ces chiffres sont ceux du 30 juin 2008, les derniers publiés à ce jour.
Les marchés financiers sont actuellement parfaitement autorégulés et les règles sont bonnes quand elles sont respectées, ce qui est le cas à la bourse de
Zurich.
Le problème est qu’elles ne le sont pas ailleurs.
Toutefois, il convient de les compléter par cette nouvelle règle du multiplicateur µ qui est comparable au gearing (le rapport des dettes à
long terme sur les capitaux propres) qui mesure le degré d’endettement idéal et à ne pas dépasser pour une entreprise autre qu’une banque.
Il est parfaitement inutile et même dangereux de vouloir réguler les marchés par les États.
*
Je reprends ici un aspect d’idées développées par Colin Barr et Paul de Grauwe du Centre for European
Policy Studies rapportées par Paul Vreymans, un des économistes de Work For
All.
Cliquer ici pour accéder au site du Centre for European Policy Studies.
Cliquer ici pour accéder au site de Work For All.
*
Compléments…
Certaines banques du Royaume-Uni dépassaient les limites du multiplicateur µ fin juin alors que d’autres, qui paraissaient dans une situation acceptable, ont dû être reprises en catastrophe par l’État pour éviter une faillite.
Tableau 3
|
£ billion
|
Equity
|
Liabilities
|
µ
|
|
RBS
|
104,0
|
1 845
|
17,7
|
|
HSBC
|
134,0
|
2 413
|
18,0
|
|
HBOS
|
21,1
|
660
|
31,3
|
|
Lloyds TSB
|
11,1
|
357
|
32,2
|
La situation d’une banque peut se dégrader très rapidement si des opérations anormales sont effectuées (engagements à découvert et actifs non comptabilisés à leur juste valeur).
*
Les opérations portant sur des produits financiers adossés à des emprunts hypothécaires sont susceptibles de générer des pertes portant sur la totalité des
capitaux engagés.
De tels investissements ne devraient donc jamais être effectués par des banques ordinaires, mais seulement par de hedge funds.
Leur fonction principale (et leur intérêt) est justement de prendre des risques sur de telles opérations, mais eux seuls doivent le faire, et non pas les banques ordinaires.
*
Enfin, les agences de notation ont été complètement prises au dépourvu par l’effondrement financier.
Elles n’ont rien anticipé, ce qui montre une fois de plus que leurs avis ne sont pas fiables.
***
Complément , ce jour à 18 h 15 :
Après vérifications, les capitaux propres de Deutsche Bank sont de €33,7 milliards et non de €34 milliards comme cela a été mis en ligne la 1° fois, µ étant de 58,1 et non pas de 57,6 comme indiqué précédemment.
Les chiffres indiqués ci-dessus tiennent compte de la correction.
L'erreur est minime...
Les dettes totales de Deutsche Bank représentaient au 30 juin 80 % du PIB de l'Allemagne en 2007 (€2 422,9 milliards) !!!
***