Jeudi 23 juin 2011 4 23 /06 /Juin /2011 09:42

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Argent sain et argent non gagné dans la zone euro

 

Rédigé par jp-chevallier dans la rubrique Europe, France, Monétarisme

 

L’argent sain est le premier pilier des Reaganomics, ce qui est évident pour tout monétariste normalement constitué mais totalement incompréhensible pour les barbares de la zone euro soumis à la propagande de la nomenklatura.

J’ai déjà expliqué à maintes reprises ce problème d’argent non gagné qui correspond à cette hypertrophie monétaire dans la zone euro mais j’y reviens brièvement pour les nouveaux lecteurs désirant bronzer moins idiot…

Au départ, le problème est essentiellement comptable. Ce bon vieux Greenspan expliquait toujours, quand il présidait la Fed, que certaines règles comptables en vigueur à un moment donné ne donnaient plus une image fidèle de la réalité, ce qui permettait l’apparition d’argent non gagné, c’est-à-dire le début de l’hypertrophie d’un agrégat monétaire avec par exemple le développement de bénéfices qui n’auraient pas dû être comptabilisés.

La solution est alors de créer une crise, ou plutôt une petite récession pour faire éclater cette bulle et en profiter pour imposer à la communauté financière l’adoption de nouvelles règles comptables empêchant sa réapparition.
Ainsi par exemple, il a réussi à mettre fin à l’amortissement possible sur une longue période (une dizaine d’années au moins) des survaleurs, c’est-à-dire des moins-values décelées a postériori lors de l’acquisition de start-up du type dot com au début des années 2000 et au non enregistrement de l’attribution de stock-options en tant que charges.

Le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke, poursuit la même politique monétaire, mais dans un autre style. Ainsi, de graves dysfonctionnements se sont produits dans l’immobilier (des millions d’Américains ont pu devenir propriétaires de leur logement alors qu’ils n’auraient pas dû l’être) et dans les bénéfices des banques, d’où la crise dite des sub-prime puis l’effondrement financier après la faillite de la banque des frères Lehman.

De toute façon, B-2 veille sur l’essentiel : l’argent reste sain aux Etats-Unis, il n’y a pas d’hypertrophie monétaire, ce qui n’est pas le cas dans la zone euro où M1 représente maintenant 50 % du PIB contre 13 % aux Etats-Unis.

En France, l’une des sources les plus importantes de la création monétaire provient du non enregistrement des engagements de retraite dû essentiellement au système de retraite par répartition : des créances existent, mais elles ne sont pas comptabilisées, ni en contrepartie les capitaux ni les dettes pour les financer.
Ce problème a été bien visible lors du passage aux nouvelles règles comptables (IFRS) : la SNCF et EDF en particulier ont fait disparaitre des centaines de milliards de dettes grâce à d’opportuns décrets.

Conséquence : de l’argent non gagné circule en masse. Ce sont par exemples des salaires payés qui sont supérieurs à ce qu’ils devraient être (par rapport à une situation normale dans laquelle les engagements de retraite devraient être correctement comptabilisés), ce sont des billets de train et l’électricité qui sont vendus à des prix inférieurs à ce qu’ils devraient être…
Tout le monde en profite… pendant un certain temps. Ces dérapages ne se voient alors que dans l’augmentation de la masse monétaire. Comme un cancer, ce mal prend naissance et se développe sans autre manifestation détectable. Quand le mal devient visible, c’est trop tard pour y remédier sans dégâts majeurs et avec un risque létal très élevé !

Autre aspect : tout le monde profite de cet argent non gagné pour le dépenser en grande partie, ce qui stimule alors le PIB et aussi les importations. Le problème est alors aggravé par la monnaie unique : les excédents de l’Allemagne permettent, par transferts abscons, d’équilibrer la balance des paiements de la France.

Avant l’adoption de l’euro, les déficits commerciaux se manifestaient par une baisse des réserves en devises et donc de la parité du franc français par rapport aux autres monnaies de référence, dont le deutschemark.
Maintenant, depuis l’adoption de l’euro, ce mécanisme autorégulateur a disparu : les réserves en devises de la France restent miraculeusement bloquées à une cinquantaine de milliards d’euros depuis des années alors que le déficit commercial est de l’ordre de 5 milliards par mois !

Par ailleurs, la dégradation de la position nette de la France vis-à-vis de l’étranger est aggravée par le financement très important de la dette de l’Etat par des capitaux étrangers, ce qui contribue à rééquilibrer paradoxalement la balance des paiements.

Autre manifestation de l’hypertrophie monétaire : une grande partie de l’argent non gagné sert à acheter des logements dont les prix montent. D’après l’Insee, plus de la moitié de la valeur des biens immobiliers dépasse largement les coûts. Cette bulle immobilière éclatera un jour.

En Grèce, l’argent non gagné est a priori encore relativement (par rapport au PIB) plus important.

Pendant des années j’ai exposé en vain ces problèmes. Maintenant, c’est trop tard pour les résoudre en douceur.

En français, seul Charles Gave, tombé dans le chaudron du monétarisme quand il était étudiant, a bien compris et exposé ces problèmes. Il a fait ensuite le bon choix de s’établir à Hong Kong.
C’est grâce à lui que j’ai pu maitriser par la suite d’autres aspects du monétarisme, et je l’en remercie

Par CHEVALLIER
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