Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 11:08

Problèmes bancaires et monétaires


Les problèmes bancaires et monétaires ont pris subitement beaucoup d’importance depuis quelques mois et ils sont généralement mal compris, surtout en France.


J’ai déjà exposé ce qu’il est important de savoir à ce sujet, mais un petit retour sur quelques notions fondamentales est encore nécessaire…


Au point de départ, se trouvent les banques qui jouent un rôle essentiel dans la richesse des nations car elles permettent de financer le développement des activités économiques depuis 5 000 ans.


Elles prêtent de l’argent à leurs clients. Elles ont donc sur eux des créances qui sont inscrites à leur actif qui est financé par des capitaux propres et des dettes (le mot passif n’existe pas en anglais).


Prenons l’exemple du meilleur élève de la classe bancaire française : la banque Michel Inchauspé (Bami) qui publie son bilan page 21 dans son rapport annuel 2007, cliquer ici pour y accéder.


Les capitaux propres, c’est à dire le capital apporté par les actionnaires (la famille Inchauspé pour l’essentiel), plus les réserves et les derniers bénéfices, se montaient à 43,777 millions d’euros au 31 décembre 2007.


Comme le total du bilan était de 401,665 millions d’euros, le total des dettes était de 357,888 millions d’euros.


Pour les gens de la Fed et Alan Greenspan en particulier, ce qui est important, c’est le ratio du total des dettes sur les capitaux propres (que je désigne par la lettre µ, le multiplicateur d’endettement bancaire, leverage en anglais) plus connu sous la forme de son inverse : le ratio Tier, du moins tel qu’il était défini à l’origine.


µ doit être strictement inférieur à 12,5 pour qu’une banque soit saine, c’est à dire pour qu’elle puisse affronter les turbulences (autre formulation : le ratio Tier doit être supérieur à 8 %).


Les banques qui ont un bon µ sont a priori saines et bien gérées car pour avoir un bon µ, elles doivent avoir beaucoup de capitaux propres et dégager des bénéfices normaux (sans perdre d’argent dans des investissements aventureux).


Avec un µ à un chiffre de 8,2 la banque Michel Inchauspé (Bami) est à ma connaissance la plus fiable de France et de Navarre.


C’est simple, tout est simple disait Milton Friedman.


Tout le reste n’est que (mauvaise) littérature de journaleux et bonimenteurs des finances.


Les grandes banques américaines ont eu des µ dépassant les normes en 2007, ce qui signifiait que quelque chose n’allait pas quelque part.


Les gens de la Fed ont bien identifié les problèmes et ils les ont résolu efficacement.


Toutes ces grandes banques sont en train d’améliorer leur µ en diminuant leurs actifs et en augmentant leurs capitaux propres après une destruction créatrice historique.


Dans le système de comptabilité en partie double (en vigueur depuis 5 000 ans), tout euro prêté par une banque (inscrit à son actif) a pour contrepartie un euro inscrit dans les capitaux propres ou les dettes, c’est à dire que cet euro prêté a nécessairement été gagné et épargné au préalable par quelqu’un d’autre quelque part.


Il n’y a donc pas de création monétaire dans une opération de prêt, mais un transfert d’argent entre un prêteur et un emprunteur par l’intermédiaire d’une banque.


C’est simple, tout est simple disait Milton Friedman.


Les banques permettent donc d’atteindre l’optimum économique en assurant l’égalité entre l’épargne et l’investissement comme le disait ce bon vieux Keynes qui pour une fois est bien utile.


Dans la mesure où les banques sont saines, s’il en est de même ailleurs (s’il n’y a pas d’argent non gagné dans le système productif), alors l’argent est sain, ce qui est le premier pilier des Reaganomics dixit Arthur Laffer.


Comme la croissance est élevée aux Etats-Unis (sans création monétaire) et ailleurs dans le monde depuis une soixantaine d’années, la richesse a beaucoup augmenté.


L’épargne a donc considérablement augmenté, ainsi que les prêts, a priori dans les mêmes proportions.


Il n’y a donc pas de déséquilibres dans les comptes car le système est globalement équilibré.


Il est donc normal que les Américains aient des dettes pour acheter leurs logements et que les Etats aient eux aussi des dettes pour financer leurs investissements.


Comme le monde de la finance est très ouvert, l’argent (en dollars US$ provenant d’une production vendue et payée en US$) épargné par des Chinois peut être prêté aux Américains.


Alan Greenspan explique clairement ces problèmes dans son livre, L’âge des turbulences.


Tout est simple disait Milton Friedman mais les Français ont beaucoup de mal à assimiler ces concepts et à les utiliser car ils manquent de culture monétariste alors qu’elle est très largement répandue en particulier aux Etats-Unis.

***


Cliquer ici pour lire un article d’Alan Greenspan expliquant ces problèmes de µ.


Cliquer ici pour lire l’article d’Arthur Laffer sur les 4 piliers des Reaganomics.


A ma connaissance, seul l’auteur du blog signé Lupus, cliquer ici pour y accéder, publie en France et en français des billets qui permettent de comprendre correctement ces problèmes et de compléter une culture monétariste par des documents toujours très bien choisis.

***

Par CHEVALLIER
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Commentaires

bonjour,

Ma gestion patrimoniale est elle reaganomiX ?

Disposant d'un revenu mensuel de 12X auquel vient s'ajouter un revenu foncier de 2X (emprunt in fine adossé a un av = 1.2 emprunt)
Ces 14 X me coutent la bagatelle de 25 X en IR.

Je dispose de reserves prudentielles de 50 X.

J'investi cette année 550 X dans le but d'obtenir un revenu foncier de 3 X mensuel avec une economie d'ir de 125 X sur 5 ans .
La Bami m'aceuillerait elle au sein de ses clients ?
Ma gestion est elle en conformité avec les regles reaganomiX ?
Commentaire n°1 posté par rico le 19/05/2009 à 14h02
???
Réponse de CHEVALLIER le 19/05/2009 à 21h26
Luca PACIOLI est un moine franciscain né dans la région d'Assise en 1445 et mort à Rome en 1517. Il fut l'ami de Léonard de Vinci.

Pacioli est l'auteur de Summa de Arithmetica, Geometria, Proportioni et Proportionalita, paru à Venise en 1494 et qui traite notamment des comptes, des écritures et de la tenue de livres par les marchands.

Une phrase de l'ouvrage dit : "Vous devez savoir que pour tous les postes du Journal, vous devez en faire deux dans le Grand Livre, notamment un au débit et un autre au crédit. C'est de ceci que naît la Balance qui se dresse lors de la clôture du Grand Livre entre les débits et les crédits.

Pacioli est dès lors considéré universellement comme le premier codificateur de la comptabilité. Tous les professionnels lui doivent beaucoup.
Commentaire n°2 posté par Actionman le 19/05/2009 à 20h28
Oui, mais les principes de la compta en partie double ont été émis il y a 5 000 ans du côté de Babylonne : ils reposaient sur une inscription sur une tablette en argile coupée en 2...
Réponse de CHEVALLIER le 19/05/2009 à 21h25
Pardonnez moi d'interrompre vos rêveries historiques sur la comptabilité à double écriture... le "terrain" nous rappelle à l'ordre.

Fed: Delinquency Rates Surged in Q1 2009

"Delinquency rates at the commercial banks for residential real estate, commercial real estate and consumer credit cards."

http://www.calculatedriskblog.com/2009/05/fed-delinquency-rates-surged-in-q1-2009.html

Ca c'est l'économie réelle, ça ça vient de la FED en direct (des gens que vous admirez et respectez).

Dès lors, on fait comment pour la "reprise" aux US ?

Les Green Shoots sont en train de pourrir sur pieds, et vous continuez à nous dire que les banques US sont merveilleusement merveilleuses.

Allez une petite dernière pour la route : vous nous rappelez souvent qu'il y a bcp de petites banques aux US.

"Commercial real-estate loans could generate losses of $100 billion by the end of next year at more than 900 small and midsize U.S. banks if the economy's woes deepen, according to an analysis by The Wall Street Journal."

http://www.calculatedriskblog.com/2009/05/wsj-small-banks-face-100-billion-in-cre.html

Ils les ont passées au "stress test". Pas beau à voir...
Commentaire n°3 posté par charles le 19/05/2009 à 21h47
le probleme actuel, c'est bien que les dettes et les capitaux propres des banques ont financé des creances a des clients qui deviennent insolvables non? Si ù est aujourd'hui bon, demain il peut se dégrader, due aux pertes sur des créances de carte de crédit par exemple, j'ai bon? et si perte il y a, alors la banque doit se recapitaliser pour respecter ù...
Commentaire n°4 posté par archipel le 19/05/2009 à 23h38
L’un des pères des « Reaganomics » estime désormais qu’il faut augmenter les impôts (Washington Post)

http://www.contreinfo.info/breve.php3?id_breve=6759
Commentaire n°5 posté par Alexandre le 20/05/2009 à 16h46
La reprise !
Et ce sont vos copains de la FED qui en parlent... le mieux. ;-)

AFP
20/05/2009 |
La Réserve fédérale des Etats-Unis a annoncé aujourd'hui qu'elle attendait toujours une reprise de l'économie américaine au deuxième semestre, mais a estimé que le PIB du pays devrait chuter de 1,3 à 2,0% en 2009, soit plus que ce qu'elle avait annoncé en février.
Commentaire n°6 posté par charles le 20/05/2009 à 20h22
Je comprend bien l'emprunt d'un euro precede d'une epargne d'un euro.
Mais avec les effets leviers actuels, comment ca se passe???

J'achete une maison de 100000euros. J'emprunte a la banque cette somme mais la banque n'a que 10000e en caisse. Elle trouve ou les 90000 restant??? a la banque centrale??? il y a creation monetaire???

Je rembourse 150000 en tout a la banque avec les interets. La banque n'avait que 10000e en caisse mais je lui rembourse 150000e !!!! (pas mal comme metier !!!)
Que deviennent ces 150000e???
Commentaire n°7 posté par doucet le 20/05/2009 à 20h28
"Il n’y a donc pas de création monétaire dans une opération de prêt, mais un transfert d’argent entre un prêteur et un emprunteur par l’intermédiaire d’une banque."

Et si ! Les banques créent "ex nihilo" de l'argent de la façon suivante au niveau comptable : elles passent à leur actif la créance détenue sur l'emprunteur et à leur passif l'argent placé sur le dépôt à vue (donc on augmente M1)... seuls les ratios prudentiels limitent cette création. En effet, tout est simple !
Commentaire n°8 posté par Alter 1er le 21/05/2009 à 10h19
l'argent prêté et rendu est mis hors circulation il est détruit il garde les intérêts (les intérêts ne sont payable que s'il y a création monétaire croissante cad : il y a de plus en plus de prêt .
dans le cas ou il n y a plus de prêt (la crise) les intérêt devienne très dur a paye(et plus cher en plus (spread) (d'où la création monétaire fed et bce sur m3 sinon tout se casse la gueule)
Commentaire n°9 posté par ourson15 le 21/05/2009 à 14h51
Evidemment, Alter a raison..
D'ailleurs un document de Natixis le confirme tout à fait: http://www.societal.org/monnaie/Natixis022009.pdf

Je cite " Une autre façon de se persuader de cette discontinuité est de regarder le
multiplicateur monétaire. Il mesure la quantité de monnaie (M1) dans l’économie en
rapport à la monnaie banque centrale (la base monétaire).
Alors que les banques européennes génèrent habituellement 4800 euros à partir
de 1000 euros de monnaie banque centrale (multiplicateur moyen de 4,8), la
capacité de création monétaire des banques est tombée à 3500 euros depuis
Lehman (graphique 10), ce qui traduit non seulement la hausse des réserves
volontaires auprès de la banque centrale, mais aussi une plus forte propension des
agents privés à détenir de la monnaie fiduciaire (graphique 11), signe de défiance.
Pour que la masse monétaire augmente avec l’assouplissement quantitatif, le
multiplicateur doit retrouver une valeur normale.

Le multiplicateur monétaire ne peut pas retrouver de valeur normale tant que des
doutes persistent sur :
• le revenu des banques : un prérequis à la remontée du multiplicateur est donc, par exemple, une baisse des prêts non performants, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui (graphique 12a).
• Les actifs bancaires : un autre prérequis à la remontée du multiplicateur est
donc l’arrêt des dépréciations d’actifs bancaires au-delà des crédits
(graphique 12b).
Commentaire n°10 posté par Sapiens le 21/05/2009 à 21h04

Natixis est ce qui se fait de pire en France en matière de banque,
vous pouvez leur faire confiance et suivre leurs conseils !!!

Réponse de CHEVALLIER le 22/05/2009 à 09h48
Bonjour,
Pour plus de détail cf cet excellent
article avec une référence aux article de Mr Chevallier en ce qui concerne le ratio µ:

http://philippulus.daily-bourse.fr/index.php/post/Le-multiplicateur-bancaire-pour-les-nuls

Cdlt.
Commentaire n°11 posté par bil_kfr le 22/05/2009 à 08h28
"Un confrère blogueur, dont je ne partage toutefois pas forcément toutes les opinions, présente dans deux articles différents1,2 le ratio µ (le rapport de solvabilité entre la dette et les capitaux propres) des établissements bancaires français suite aux prêts accordés par l'Etat français"
Ils sont toujours aussi sympas les libertariens !!!
Réponse de CHEVALLIER le 25/05/2009 à 23h03

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