Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 18:04

Ratios bancaires et risque systémique


J’ai déjà exposé clairement les problèmes concernant les ratios prudentiels des banques et le risque systémique (c’est à dire de l’écroulement du système bancaire qui entraîne la ruine de tout le monde dans un pays) mais, vu les réactions de certains lecteurs, je reviens sur ce sujet...


LE gros problème des banques concerne les capitaux propres comme l’ont fort bien expliqué Alan Greenspan et d’autres.


Les gens de la Fed ont fait adopter à la fin des années 80 dans le monde les règles prudentielles qu’ils imposaient aux banques américaines qui sont sous leur responsabilité.


Ce sont les ratios Tier d’origine qui peuvent s’énoncer de différentes façons, les plus simples étant que les capitaux propres doivent représenter au moins 8 % du total des dettes, ou inversement, le total des dettes ne doit pas dépasser 12,5 fois le montant des capitaux propres (c’est le multiplicateur que je désigne par la lettre µ pour simplifier, leverage en anglais).


Ce ratio est simple, facile et rapide à calculer. Il a l’avantage de concentrer en un seul chiffre l’essentiel : ce qui permet d’évaluer la bonne ou la mauvaise santé d’une banque.


Quand une banque respecte ce ratio, cela signifie que tout va bien a priori dans cette banque.


Inversement, quand une banque ne le respecte pas, quelque chose ne va pas quelque part.


Où ? Quoi ? On ne le sait pas précisément, mais ce qui est certain, c’est que quelque chose ne va pas.


C’est simple, tout est simple disait Milton Friedman.


Trop simple pour les banquiers européens, c’est à dire pour les dirigeants des grandes banques européennes.


Ces banquiers tout puissants en Europe ont réussi à faire adopter des règles complexes, de plus en plus complexes au fil des années pour détourner ces règles prudentielles simples.


Ce sont les règles Tier 1, de Bâle I, Bâle II, des fonds propres durs, des quasi fonds propres, des titres hybrides, subordonnés, super subordonnés, etc.


La détermination des résultats de ces ratios demande un travail long et complexe et leur justification tient sur 5 ou 6 pages au minimum, ce qui permet à ces banquiers (des cadres bancaires) de critiquer "mes" chiffres tout simples.


J’applique pourtant les concepts des gens de la Fed sur les chiffres publiés par les grandes banques américaines et je trouve des µ proches des exigences.


Pour les grandes banques européennes et françaises, les µ sont catastrophiques, mais les petites banques privées helvètes Julius Baer et Sarasin ont de bons µ ainsi que les banques Inchauspé, Pouyanne et Martin-Maurel.


Comme c’est bizarre, comme c’est étrange !


Les gens de la Fed auraient-ils raison ? Aurai-je raison contre mes détracteurs ?


Oui, les gens de la Fed ont raison, et je ne fais que reprendre leurs concepts et méthodes.


Les règles prudentielles qu’ils imposent sont tirées de l’observation de la profession bancaire depuis qu’elle existe, et cet unique ratio très simple a l’avantage d’être fiable.

***

Les capitaux propres doivent être les véritables capitaux propres, c’est à dire : le capital plus les réserves (les bénéfices antérieurs accumulés) et les derniers bénéfices à affecter.

Tous les autres chiffres correspondent d’une façon ou d’une autre à des dettes comme par exemple les actions de préférence.

***


Il est difficile d’obtenir de bons ratios de rentabilité des capitaux investis (ROE, Return On Equity, le bénéfice net sur les capitaux propres en pourcentage) avec des capitaux propres élevés, ce qu’obtiennent les bons banquiers qui ont de bons µ (des petites banques gérées par les familles fondatrices, ou de grandes banques américaines bien gérées).


Les mauvais banquiers, comme ceux de Deutsche Bank, font croire qu’ils obtiennent de bons ratios de rentabilité (un ROE bientôt à 25 %) à condition d’avoir peu de capitaux propres, ce qui est plus facile mais extrêmement dangereux pour la banque.


Le risque, à la limite, c’est la faillite, mais comme aucune grande banque n’a fait faillite depuis une éternité, c’est à dire depuis la Seconde guerre mondiale, tout le monde considérait que tout allait bien dans le monde de la banque.


La faillite d’une grande banque était donc inenvisageable, oui, mais depuis 2008 tout a changé : ce qui était inenvisageable s’est produit.


Même Jean-Claude Le Tricheur s’en est rendu compte !


Le problème est qu’une grande banque comme Deutsche Bank, la BNP et les autres sont trop grosses : plus de 2 000 milliards d’euros de dettes au total pour la seule BNP au 31 décembre dernier, plus que le PIB de la France de 1 945 milliards d’euros !


Le risque systémique est d’autant plus fort que les dirigeants des grandes banques françaises ont tous déclaré qu’ils ont utilisé la possibilité qui leur a été accordée de ne pas enregistrer certains de leurs actifs à leur juste valeur de marché, et qu’ils ne publient pas leurs comptes trimestriels, ce qui ne permet pas de connaître leur situation réelle.


Les gens de la Fed n’ont pas fait adopter une autre règle qu’ils font respecter aux Etats-Unis : le total des dettes d’une banque ne doit pas dépasser 10 % du PIB car une banque ne doit jamais devenir trop grosse.


Le risque systémique a failli se produire avec AIG. Heureusement, les autorités américaines ont provoqué sa chute avant qu’il ne soit trop tard.

Une telle situation peut se produire en Europe.

***


Le tsunami bancaire ne s’est pas encore produit en France, mais depuis 2008 tout a changé : ce qui était inenvisageable s’est produit.


Avec des Gosbanks qui totalisent plus de 4 fois le PIB et des cadavres dans les placards, la confiance a disparu dans le système bancaire : les banques ne peuvent plus emprunter normalement et elles ne peuvent plus prêter, ce qui continue à paralyser l’activité économique.


La croissance du PIB est… négative et la reprise sera problématique.


Je suis désolé : une fois de plus, les gens de la Fed ont raison, et avec eux, j’ai raison contre tous les détracteurs, qu’ils soient banquiers ou autres.

***

Par CHEVALLIER
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