Mercredi 28 janvier 2009 3 28 /01 /Jan /2009 11:03

Greenspan et les banques françaises


Le ratio Tier a été défini à l’origine comme étant le rapport minimal que les banques doivent respecter entre les capitaux propres et le total des dettes (en pourcentage), soit 8 % mais les banques ont obtenu le droit de calculer ce ratio autrement de façon à pouvoir en opacifier les méthodes de calcul et publier des ratios qui les arrangent, c’est à dire qui donnent des ratios Tier égaux ou supérieurs aux exigences minimales.


Ainsi, elles ne donnent pas une image fidèle de la réalité en vue de tromper les investisseurs, ce qui est un délit : elles prétendent respecter ce ratio Tier, mais en le calculant selon la méthode directe d’origine (par le rapport entre les capitaux propres et le total des dettes en pourcentage d’après les chiffres officiels publiés au 30 juin 2008, cf. mes billets précédents), les banques françaises ont un ratio Tier réel de 3 % seulement,


Tableau 1 :

Tier au 30/06/08

 

 

réel

 

 

publié

 

 

BNP

 

 

3,2

 

 

7,6

 

 

Société Générale

 

 

3,9

 

 

8,1

 

 

Crédit Agricole

 

 

2,9

 

 

8,9

 

 


À titre de comparaison, les banques américaines n’ont jamais eu un ratio Tier réel aussi faible.


Une nécessité s’impose : recapitaliser ces banques de façon à respecter le ratio Tier défini à l’origine par la BRI (la Banque des Règlements Internationaux).


Pour cela, il faudrait injecter €200 milliards dans ces 3 banques ! pour respecter la norme du Tier d’origine à 8 %, soit un µ de 12,5 au maximum, µ étant l’inverse du Tier, c’est à dire le rapport entre le total des dettes et le montant des capitaux propres,


Tableau 2 :

µ (au 30/06/08)

 

 

12,5

 

 

9

 

 

BNP

 

 

84,8

 

 

139,5

 

 

Société Générale

 

 

42,6

 

 

74,8

 

 

Crédit Agricole

 

 

72,5

 

 

116,8

 

 

Total

 

 

199,9

 

 

331,2

 

 


Comme la confiance que l’on a dans les banques a diminué, les exigences ont augmenté.


Pour Alan Greenspan, le ratio Tier d’origine devrait être maintenant plus restrictif : le total des dettes ne devrait pas dépasser 9 fois les capitaux propres et pour cela, il faudrait injecter €331 milliards dans nos 3 banques !


Nos, car seul l’État, c’est à dire nous, les contribuables, est en mesure d’apporter ces capitaux pour l’instant, mais comme l’État n’a pas ces €331 milliards, le financement ne pourrait se faire que par l’emprunt, ce qui augmenterait d’autant la dette publique.


Les sommes en jeu sont tellement énormes que le gouvernement n’ose pas emprunter ces €331 milliards nécessaires à la recapitalisation de ces banques surdimensionnées par rapport aux capacités françaises.


Résultat : comme ces banques ne donnent pas confiance, elles ne peuvent plus emprunter sur les marchés, et elles ne peuvent donc plus prêter normalement, ce qui bloque l’activité économique dans tous les secteurs.


La France, et l’Europe sont tombées dans un piège diabolique et fatal.


Les Américains (des États-Unis !) sont arrivés à sortir d’une situation comparable car le Trésor a émis des centaines de milliards de bons qui ont été utilisés pour recapitaliser les banques vulnérables (ayant dépassé les normes) mais viables.


Les centaines de milliards de dollars qui étaient en attente de placement ont ainsi pu s’investir en Treasuries, ce qui a épongé l’excès d’argent gagné et non gagné qui circulait.


Les Américains ont bien joué : une énorme destruction créatrice fait repartir la croissance sur des fondamentaux sains et la Vieille Europe est au tapis.

***

Par CHEVALLIER
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