Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /Oct /2008 19:11

Destruction créatrice financière, suite


Je complète ici mes billets précédents sur la destruction créatrice dans le secteur financier…


Wachovia, qui était l’une des plus grandes banques des États-Unis, vient d’annoncer une perte supplémentaire de $23,9 milliards sur des investissements dans les produits dérivés.


Elle était pourtant bien gérée a priori avec un multiple µ d’endettement inférieur à 10 jusqu’à la fin du 1° semestre 2008, mais ces pertes l’on amenée à une quasi faillite qui est évitée car Wells Fargo la reprend pour une bouchée de pain de… $15,1 milliards et avec elle ses agences et ses clients qui valaient 10 fois plus un an auparavant ($150 milliards environ de capitalisation boursière en 2007).


Les actionnaires de Wachovia ont donc perdu 90 % de leurs investissements en quelques mois parce qu’ils n’ont pas contrôlé efficacement les investissements dans les produits dérivés décidés par les dirigeants de la banque
.

Tableau 1

 

Il en est de même pour National City qui va être repris par PNC pour $5,2 milliards, en faisant perdre là aussi 90 % des capitaux investis par ses actionnaires.

Tableau 2

 

Dans ces quatre cas, les multiples µ d’endettement sont inférieurs à 10, ce qui montre une fois de plus que les banques américaines sont fortes car elles sont très bien capitalisées et peu endettées, même celles qui sont maintenant au bord de la faillite (à cause de leurs investissements perdants dans les produits dérivés).

 


De plus, si elle ne comptabilise pas tous ses actifs à leur juste valeur du marché (en n’enregistrant pas les pertes sur des produits dérivés qui n’ont plus d’acheteurs par exemple), elle est alors obligée d’augmenter ses dettes, ce qui se voit ! et la pénalise finalement.


Dans ces quatre cas, deux grandes banques mal gérées disparaissent et deux grandes banques se créent et se développent : c’est bien la destruction créatrice de Schumpeter appliquée au secteur financier.


Ceux qui ont mal géré leurs investissements ont perdu 90 % de leur capital.


C’est la sanction normale des marchés qui a été particulièrement violente et rapide, historique.


Le passage de l’ancien paradigme (en 2006) au nouveau (en 2009) correspond à ce que Schumpeter appelait une crise, c’est à dire une période d’adaptation plus ou moins difficile : certaines personnes sont gagnantes, d’autres perdantes.


Le système financier qui est en train de se mettre en place est nettement plus efficient que l’ancien : 200 000 emplois auront été supprimés dans le secteur financier aux États-Unis, ce qui signifie que les gains de productivité y sont très importants, et les actionnaires des banques viennent de comprendre à leurs dépens qu’ils doivent contrôler très précisément la gestion des dirigeants, ce qui est leur rôle normal et fondamental.


Le capitalisme libéral fonctionne donc parfaitement bien.


Il n’est nullement besoin de le modifier ni surtout de le refonder.

***

$ billion

 

 

2007Q3

 

 

2007Q4

 

 

2008Q1

 

 

2008Q2

 

 

2008Q3

 

 

Wachovia

 

 

 

 

 

 

 

Liabilities

 

 

684,0

 

 

706,0

 

 

730,6

 

 

737,3

 

 

714,3

 

 

Equity

 

 

70,1

 

 

76,9

 

 

78,0

 

 

75,1

 

 

50,0

 

 

µ

 

 

9,76

 

 

9,18

 

 

9,37

 

 

9,82

 

 

14,29

 

 

Wells Fargo

 

 

 

 

 

 

 

Liabilities

 

 

501,2

 

 

527,8

 

 

547,1

 

 

561,1

 

 

575,4

 

 

Equity

 

 

47,6

 

 

47,6

 

 

48,2

 

 

48,0

 

 

47,0

 

 

µ

 

 

10,53

 

 

11,09

 

 

11,35

 

 

11,69

 

 

12,24

 

 

$ billion

 

 

2007Q3

 

 

2007Q4

 

 

2008Q1

 

 

2008Q2

 

 

2008Q3

 

 

National City

 

 

 

 

 

 

 

Liabilities

 

 

140,3

 

 

136,4

 

 

141,8

 

 

135,7

 

 

127,9

 

 

Equity

 

 

13,8

 

 

13,4

 

 

13,2

 

 

18,0

 

 

17,2

 

 

µ

 

 

10,17

 

 

10,18

 

 

10,74

 

 

7,54

 

 

7,44

 

 

PNC

 

 

 

 

 

 

 

Liabilities

 

 

116,8

 

 

124,1

 

 

125,6

 

 

127,7

 

 

131,4

 

 

Equity

 

 

14,5

 

 

14,9

 

 

14,4

 

 

15,1

 

 

14,2

 

 

µ

 

 

8,06

 

 

8,33

 

 

8,72

 

 

8,46

 

 

9,25

 

 





Ce multiple µ d’endettement, qui est le ratio des dettes totales (liabilities) sur les capitaux propres (equity), est très puissant, beaucoup plus que le ratio Tier 1, car il est incontournable : en effet, une banque (comme toute entreprise) ne peut financer son actif que par des capitaux propres et des dettes,
Par CHEVALLIER
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