Mardi 21 octobre 2008 2 21 /10 /Oct /2008 12:35

Destruction créatrice financière


Les Américains ont déclenché en 2007 un gigantesque processus de destruction créatrice dans le secteur financier car il était hypertrophié et il recelait des produits potentiellement dangereux…


Dans un premier temps, le bombardier furtif B-2 a maintenu à un niveau trop élevé pendant trop longtemps le taux de base de la Fed (à 5,25 %), ce qui a provoqué des pertes considérables ($500 milliards) chez un certain nombre d’établissements financiers (banques et compagnies d’assurances) qui avaient investi dans des produits financiers risqués adossés à des emprunts hypothécaires classés en sub-prime alors qu’ils n’auraient jamais dû le faire car c’est là le domaine d’intervention privilégié des seuls hedge funds (ils sont faits pour ça !).


La chute de Bear Stearns dans la première quinzaine de mars 2008 a donné le coup d’envoi d’une longue série de destructions.


C’est à ce moment là très précisément que les banques ont commencé à se méfier de leurs concurrentes : les taux de l’Euribor et du Libor en US$ ont alors grimpé brusquement (dans la première quinzaine de mars) nettement au-dessus des taux de base des banques centrales (Fed et BCE),

Graphique 1 :


Cliquer ici ou sur le graphique pour l’agrandir.



Graphique 2 :


Cliquer ici ou sur le graphique pour l’agrandir.

En cliquant sur ce dernier lien, les deux graphiques (Euribor et Libor en US) apparaissent mystérieusement !


B-2 n’affronte pas directement la communauté financière (comme Alan Greenspan le faisait) pour mettre en place les réformes qui s’imposent : il préfère agir indirectement en particulier en utilisant le maniement des taux (et en en abusant), ce qui est une arme de destruction massive très efficace.


Tous les établissements financiers fragiles sont tombés les uns après les autres.


Certains ont été rachetés par d’autres en meilleur état, d’autres ont été recapitalisés par des banques ou des fonds souverains arabes ou asiatiques, l’État intervenant au passage (en principe temporairement !).


Les établissements financiers américains (des États-Unis) qui étaient fragiles en 2007 avec des multiples d’endettement µ supérieurs à 20, beaucoup de pertes potentielles, des sureffectifs, une gestion aventureuse, sont devenus des établissements totalement différents : considérablement recapitalisés avec des µ très bas, des comptes en ordre, un personnel performant et efficace.


Ainsi la productivité du secteur bancaire américain (des États-Unis) vient de faire un bond prodigieux pour la plus grande satisfaction de… Joe le plombier qui bénéficiera d’emprunts à des taux avantageusement bas.


C’est la destruction créatrice de Schumpeter appliquée au secteur financier, comme je l’ai déjà écrit précédemment.


Dans le cadre schumpétérien, le passage d’un ancien paradigme à un nouveau correspond à une crise, c’est à dire à une période au cours de laquelle les adaptations sont parfois difficiles à comprendre, à subir et à admettre (au moins 172 000 emplois ont été supprimés aux États-Unis dans le secteur financier depuis la fin de 2006).


Au passage, les Américains se sont fait un petit plaisir en faisant tomber Lehman Brothers, une banque qui faisait le grand écart avec un pied à New York (où elle a son siège social) et un autre en Europe (sa place de cotation, à Francfort), dans le cadre d’une certaine guerre économique en vue d’affaiblir les Européens qui tombent dans tous les pièges qui leur sont tendus.


En effet, au lieu de réagir positivement, les Euro-zonards profitent de ces désordres financiers pour augmenter leur degré de socialisme en recapitalisant (et en nationalisant parfois) des banques, en créant des soviets (de fonctionnaires et d’hommes politiques incompétents et corrompus) chargés de surveiller ces banques qui sont paradoxalement laissées libres de publier des comptes qui ne donnent pas une image fidèle de la réalité, ce qui est suicidaire à terme.


La chute de Lehman Brothers a eu des conséquences très importantes : elle a déclenché celle des indices boursiers dans le monde, elle a fragilisé considérablement les banques européennes et elle a paradoxalement renforcé les banques américaines.


La résilience des Américains (des États-Unis) est prodigieuse (ils n’hésitent pas à détruire largement pour reconstruire) alors que les Européens font tout pour tout maintenir en l’état : leurs banques et leurs entreprises industrielles.

Ils ne parlent que de stabilité, alors qu’il faudrait au contraire faire des changements importants, dans le secteur financier en particulier.


Fillon et Sarko ont des accents très brejnéviens quand ils préparent une refonte du système financier français, européen et mondial mais ils se heurteront à la mondialisation du secteur financier qui permet d’unir avec les mêmes intérêts les Américains, les Asiatiques et les Arabes, les Européens étant un peu marginalisés.


Une fois de plus, il ne faut pas plus de régulation par l’État (c’est à dire plus de socialisme), mais plus de libéralisme… bien ordonné.


À ce jeu, les petits Suisses sont les grands gagnants, mais ça énerve tout le monde. Ils sont donc victimes d’attaques euro-zonardes virulentes contre ce paradis bancaire et fiscal.


C’est la guéguerre économique



Cliquer ici pour voir les graphiques de la chute des effectifs dans le secteur financier aux États-Unis.


Les graphiques reproduits ici m’ont été transmis par Paul Vreymans de Work For All.

Cliquer ici pour accéder au site de Work For All.

***

Par CHEVALLIER
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